Meta vient d’officialiser Meta Compute, une initiative “top-level” (au plus haut niveau) dédiée à un seul objectif : construire une infrastructure IA à l’échelle “gigawatt”, bien au-delà du simple agrandissement de data centers. Mark Zuckerberg parle explicitement de « dizaines de gigawatts cette décennie » et de « centaines de gigawatts ou plus » à terme.
Pour une audience business (PME, créateurs, marketeurs, formateurs), l’enjeu est simple : dans la nouvelle course à l’IA, le compute (puissance de calcul + énergie + supply chain) devient une arme stratégique, au même titre que les modèles eux-mêmes.
Meta Compute, c’est quoi exactement ?
Meta Compute est une structure centrale chargée de piloter l’infrastructure IA de Meta, incluant la flotte mondiale de data centers et les partenariats fournisseurs (supply chain). L’idée est de passer d’une logique “on ajoute des serveurs” à une logique “on industrialise un système complet” pour entraîner et servir des modèles IA à grande échelle.
Cette initiative s’inscrit dans l’ambition de Meta autour de l’IA “frontier” et de la “superintelligence” (dans la communication de Zuckerberg, une IA qui dépasserait l’humain sur la plupart des tâches cognitives).
Le mot-clé qui change tout : le gigawatt
Un gigawatt (GW), c’est l’ordre de grandeur de la consommation électrique d’une très grande infrastructure. Pour visualiser : l’Associated Press rappelle qu’1 GW peut alimenter environ 750 000 foyers (ordre de grandeur “industrie”).
Quand Zuckerberg parle de dizaines de gigawatts, il parle donc d’infrastructures qui consomment l’équivalent de petites villes — et à terme, potentiellement de petits pays, comme le note aussi Reuters.
Pourquoi Meta fait ça maintenant ?
- La compétition IA se joue sur deux axes : modèles + capacité à les entraîner/servir
Même si Meta a une stratégie forte (notamment open source autour de Llama), Reuters note que la réception de Llama 4 a été jugée décevante par une partie du marché, ce qui renforce l’idée qu’il faut une “machine industrielle” pour reprendre l’avantage. - La rareté devient le compute, pas l’idée
En 2026, beaucoup d’acteurs savent “faire des prompts” et “brancher des API”. Ce qui différencie les géants, c’est l’accès massif à GPU/accélérateurs, la capacité réseau, l’efficacité logicielle… et surtout l’énergie. - Meta veut transformer l’infrastructure en avantage durable
Zuckerberg résume très bien la logique : “How we engineer, invest, and partner … will become a strategic advantage.” (rapporté par plusieurs médias).
Une approche intégrée : piloter toute la chaîne, de bout en bout
Meta Compute n’est pas juste un “projet data center”. D’après les éléments relayés, la mission de Santosh Janardhan couvre notamment l’architecture technique, la “software stack”, le programme silicon (puces), la productivité développeur, et la construction/gestion de la flotte data centers + réseau.
Autrement dit : optimisation bout-en-bout des workloads IA (entraînement, inférence, stockage, réseau), avec une logique de coûts et de performance contrôlée en interne plutôt que subie.
Qui pilote Meta Compute ?
Meta a choisi une gouvernance très “infrastructure + deals” :
- Santosh Janardhan (Meta) co-dirige l’initiative et reste en charge des fondations techniques et des opérations data centers.
- Daniel Gross (ex–Safe Superintelligence) pilote un groupe orienté stratégie long-terme, partenariats fournisseurs, planification de capacité et modélisation business.
- Dina Powell McCormick (présidente et vice-chair) est annoncée sur un rôle clé de partenariats avec gouvernements et “sovereigns” (États/entités souveraines) pour bâtir, financer et déployer l’infrastructure.
Le message implicite est clair : à cette échelle, l’IA devient un sujet industriel et géopolitique (autorisations, énergie, foncier, financement, réseau).
Le nerf de la guerre : l’argent (capex) et l’énergie
Côté financement, Meta a déjà donné un ordre de grandeur très agressif : pour 2025, Meta a annoncé des capex attendus dans une fourchette de 66–72 milliards de dollars (incluant des paiements principaux sur leases), avec l’idée de continuer à augmenter en 2026.
Côté énergie, Meta sécurise du “firm power” (électricité pilotable, disponible) via le nucléaire : Meta a annoncé des accords visant jusqu’à 6,6 GW de capacité nucléaire (nouvelle et existante) d’ici 2035, notamment avec Vistra, Oklo et TerraPower, et en lien avec les besoins de son “Prometheus supercluster” dans l’Ohio.
Ce point est central : sans énergie, pas de compute. Et sans compute, pas de leadership IA.
Ce que ça change pour les entreprises, créateurs et marketeurs
Même si Meta Compute semble “loin” de vos sujets du quotidien, les impacts sont très concrets :
- Les coûts et la disponibilité des modèles vont dépendre de l’infrastructure
Plus les géants industrialisent, plus ils peuvent baisser le coût marginal d’inférence… ou au contraire verrouiller des avantages (qualité, latence, multimodal, pricing). - Le “meilleur modèle” sera de plus en plus une conséquence du système
Modèle + données + outils + serveurs + énergie + réseau. Les comparatifs “ChatGPT vs Gemini vs Llama” resteront utiles, mais la vraie bataille est celle du système complet. - L’open source a plus de chances de tenir dans la durée si l’infra suit
Si Meta réussit son pari, cela peut renforcer un écosystème open source viable à grande échelle (modèles + tooling + hébergement), avec une pression concurrentielle sur les acteurs 100% fermés.
Les signaux à surveiller en 2026 (checklist)
- Les annonces de “clusters” (type Prometheus/Hyperion) et leurs mises en service effectives.
- Les partenariats énergie (nucléaire, mais aussi réseau, eau, refroidissement), car ce sont souvent les goulots d’étranglement.
- Les mouvements “full stack” (puces internes, réseaux, optimisation software) : c’est là que se crée l’écart de performance/coût.
- Les deals publics/para-publics (gouvernements, souverains) : financement et autorisations accélérées.
FAQ
Meta Compute, c’est un nouveau modèle IA ?
Non. C’est d’abord une initiative d’infrastructure et d’architecture pour produire et opérer de l’IA à très grande échelle.
Pourquoi le nucléaire revient dans la tech ?
Parce qu’il fournit une électricité “ferme” et bas-carbone, utile quand les data centers IA explosent la demande. Meta vise jusqu’à 6,6 GW de nucléaire d’ici 2035 via plusieurs accords.
Est-ce que ça va impacter le marketing digital ?
Oui, indirectement : qualité des outils, prix des API, vitesse d’innovation, accès à des capacités multimodales (vidéo, voix, agents) et concurrence entre écosystèmes.
Conclusion
Meta Compute est un signal fort : l’IA n’est plus seulement un sujet de “produit” ou de “modèle”, c’est un sujet d’infrastructure nationale (énergie, industrie, financement). Meta parie que le compute deviendra l’avantage compétitif le plus difficile à rattraper. Et au vu des montants annoncés (capex 66–72 Md$ en 2025, énergie sécurisée jusqu’à 6,6 GW), ils jouent clairement une partie longue.
